Aphrodisie

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Ce sera le dernier et le plus étonnant chapitre de ce livre. Nous sommes bien conscients que le patriarcat a besoin de se reconnaître dans une morale – et une morale est toujours une morale qui tend à réguler les modalités du rapprochement entre les sexes – pour l’imposer à tous. Officiellement, pour le patriarcat, la sexualité n’est destinée qu’à la « reproduction de l’espèce ». En s’appuyant sur la reproduction de l’espèce – et beaucoup de « camarades » et d’autres personnalités me reprochent de focaliser constamment leur attention sur ce pivot – toutes les morales et religions de ce monde patriarcal n’ont pour centre que la maîtrise du plaisir que la sexualité pourrait exiger : dans cette morale, le plaisir est disgracié car il éloigne la reproduction (« Tu enfanteras dans la douleur » encore aujourd’hui…). Cet état d’esprit se reflète dans le commerce entre les personnes, l’économie de l’échange de biens, de vertus et de services, centrée sur la reproduction de l’objet afin d’obtenir une puissance qui coagule aujourd’hui en plus-value. Cette maîtrise de la sexualité consiste avant tout à l’abroger dans son aspect essentiellement  » agréable « , de manière à l’éloigner de toute atteinte, à moins que la seule  » reproduction de l’espèce  » ne soit de la transférer à l’objet (même si cela signifie tout objectiver, aujourd’hui : marchandiser). Mais, mes amis, une morale aveugle tout ce qui n’est pas elle. Et, à y regarder de plus près, quand la sexualité de la « reproduction » devrait être limitée aux seuls organes dédiés à la reproduction – les organes « génitaux » – c’est-à-dire, s’il vous plaît, à l’élaboration de la gonade masculine – testicules, prostate et glande séminale – et celle de la gonade féminine, je veux dire les ovaires, les trompes de Fallope et l’utérus, cette morale consiste à dissimuler ce qui est intrinsèquement consacré au plaisir, c’est-à-dire, dans le sexe féminin, la vulve-clitoris et le vagin, et dans l’homme le pénis et le gland. Bien sûr, il faut ajouter à cela ce que la morale patriarcale appelle honteusement les « zones érogènes ». Pour une telle dissociation au détriment de la sexualité de plaisir, les éléments du langage (les organes « génitaux ») comprennent tous les organes sexuels et leurs accessoires dédiés au plaisir dans le seul but de la reproduction. Cependant, ces organes sexuels destinés uniquement au plaisir (le « Cri du clitoris » a récemment été entendu comme le « seul » organe destiné au plaisir…) sont la vulve, le clitoris et le vagin pour les femmes et le pénis et le gland pour les garçons. D’accord, mais qui quoi qu’est-ce ? Deux réflexions s’imposent : les « organes génitaux » sont liés au nerf hypogastrique et les « organes aphrodisiaques » au nerf pudental, même s’il y a, bien sûr, un enchevêtrement intime entre les extrémités de ces deux nerfs, comme pour le reste. Et le second est que lorsque Wilhelm Reich parle de « caractère génital » (adapté à l’orgasme reichien), il parle en fait d’aptitude à l’orgasme « aphrodisiaque », c’est-à-dire lié aux « organes aphrodisiaques » qui n’ont rien à voir avec la reproduction de l’espèce (sauf accessoirement), comme le pétale ou le nectar, par exemple, au pistil ou aux ovaires des fleurs. Cela nous permet d’aborder les problèmes de caractère par des altérations de la perception des organes aphrodisiaques et non pas « génitaux » : les problèmes des maladies affectives sont liés aux organes aphrodisiaques et non pas « génitaux ». Quand la morale de satisfaction anti-sexuelle – anti-aphrodisiaques – des religions patriarcales évite de distinguer ces deux aspects de la sexualité humaine (ou de tout autre animal, quel qu’il soit, puisque aucun autre animal, autre que nous, n’entend le coït pour autre chose que le plaisir, ne reconnaissant *rien* de la génitalité !) c’est pour que nous évitons d’entrer en contact les uns les autres sur les princeps simples du plaisir de notre rencontre sexuelle : la vulve-clitoris, le vagin, le gland, le pénis, le pénis – et les domaines érogènes, et hors concours, l’amour. J’ai remarqué qu’il faut répéter et répéter la même phrase pour qu’elle soit entendue, tout d’abord, et finalement comprise (bien que j’aie répété 10 fois à mon voisin qui dirige son générateur, qu’il n’a pas encore compris qu’il rend ma vie chiatique). Les animaux ne s’accouplent pas pour « se reproduire »…. parce qu’ils ne savent rien de la *complétion* de la « génitalité » du coït, ils ne savent rien des *conséquences* de cet accouplement. Par conséquent, ils copulent pour le *plaisir* et rien d’autre : l’attirance qu’ils ont l’un pour l’autre n’a d’autre pivot que le plaisir de s’accoupler et ses conséquences immédiates, l’orgasme *pair*. Les religions et la morale capitaliste actuelle ne conçoivent pas qu’il puisse y avoir d’autre mouvement vital que la « reproduction » (du capital, de la marchandise, du pouvoir, des inégalités de genre et sociales, etc., bref, du corollaire « plus-value », de la valeur « minéralisée »), elle ne peut accepter que la vie se concentre initialement sur le plaisir du rapport sexuel, aphrodisiaque, car cela détruit sa structure caractéristique. Seuls les organes dédiés aux fonctions liées aux gonades féminines ou masculines (y compris la spécificité de la féminité de la grossesse) sont reproducteurs, *tous* les autres organes sexuels sont dédiés au plaisir du rapport sexuel, au plaisir aphrodisiaque. J’appelle ces organes, les organes « aphrodisiaques ». La destination des organes sexuels aphrodisiaques est le « plaisir ». Cependant, la corroboration sympathique de ces organes aphrodisiaques n’atteint souvent pas leur *maturité de perception et d’auto-perception*, car les diverses peurs et douleurs qui les entourent de vivre seuls dans une société capitaliste (qui dissimule derrière son petit doigt le patriarcat en mouvement), impliquent et induisent des méfaits qui les affectent dans le fondement même de leur chair délicate (leur alliance, leur propension au partage, leur disponibilité, leur labilité émotionnelle, celle qui va précisément à la rencontre de l’autre) ET les peurs liées à la reproduction, car seule la femme doit alors l’assumer, sur qui l’homme prend ainsi un pouvoir. Dans La Paternité dans la psychologie primitive, nous découvrons qu’il n’y a pas de relation immédiate entre « génitalité » et aphrodisie, puisque les filles et les femmes – qui consacrent presque leur vie aux délices du rapprochement sexuel – ne tombent enceintes que dans UN pour cent du temps *en dehors* du mariage. Cela signifie que toute violence contre les organes aphrodisiaques d’une femme perturbe sa capacité native à NE PAS reproduire l’espèce : le viol perturbe la capacité d’une femme à NE PAS reproduire l’espèce. Cependant, le viol ne concerne que les organes aphrodisiaques féminins (bien que vous ayez besoin d’une bite bien anesthésiée et que vous la haïssiez). Tous les aspects que nous montre le patriarcat de la sexualité, où le seul destin qu’il comprend du monde est l’objet comme support du pouvoir, sont destinés à cacher sa maladie émotionnelle : le viol. La prostitution est une relation aphrodisiaque terriblement altérée par une morale patriarcale qui ne tolère pas de ne pas être reproduite, comme l’histoire d’Onan. Tout dans le patriarcat concerne la reproduction et, comme nous l’avons vu chez les Trobriandais et les autres tribus fillisées (héritage par la lignée de la fille), pour se reproduire, il faut violer. Le patriarcat fixe la sexualité humaine (alors que tous les autres animaux, TOUS, s’en fichent) sur la *reproduction*… de cette morale multiplicative (quand la vie est une *division* continue), alors qu’elle est simplement orientée vers le plaisir de la rencontre, exempte des modalités néfastes de ce patriarcat : violence, masculinité excessive, exploitation, désintégration de l’enfance, rejet de la femme à la vie sociale, rejet de la femme, peur du sang œstral, valeur ajoutée, virginité, vénération de l’objet comme instrument du pouvoir. Pour moi qui vous soumets ce texte, il me semble qu’un retour à l’aspect aphrodisiaque de la vie humaine (puisque nous sommes les seuls animaux dans cette impasse du patriarcat) que toutes nos relations, entre nous et avec notre environnement, prennent une toute autre mesure de son impact, celle du plaisir sans exploitation, sans valeur ajoutée, sans objet comme support au pouvoir, la fraternité des complices et amateurs de vie, non ? Parce que, comme le note Wilhelm Reich, jusqu’à ce que le problème de l’aphrodisie soit résolu, le peuple exigera sa soumission à tout pouvoir, à un chef, par immaturité sexuelle, oops : aphrodisie inaccomplie ! Élever un enfant, garçon ou fille, dans le contexte de la reproduction ne donnera pas le résultat d’une vie vécue – dans le strict respect des autres, mais la recherche de la collaboration conduit au respect des autres – d’une manière aphrodisiaque et agréable (un bébé ne joue pas avec ses organes génitaux mais avec ses organes aphrodisiaques). Ces organes nous appartiennent en propre et pour partager ceux des autres, nous devons avoir son entière approbation et son soutien en tant qu’égal à part entière. Tout doit être refait, repensé, sinon c’est la cata ! En commençant par des livres d’anatomie * et des cours d’éducation sexuelle : « On peut distinguer deux aspects de la sexualité, comme vous le savez bien, celui concernant la reproduction de l’espèce (organes génitaux) et celui concernant le seul plaisir que vous avez déjà rencontré intimement, qui comprend les organes aphrodisiaques délicats et sensibles et les « zones érogènes » excitantes… « .

*où il faudra changer le nom de nerf « pudental » ou « honteux » par nerf « aphrodisiaque ».

 

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